Compte – rendu de la conférence Internationale des Glycogénoses à Heidelberg du 28 au 30 novembre 2013

| Compte – rendu

Il est difficile de décrire en quelques pages ce grand évènement qui a rassemblé plus de 300 personnes, essentiellement des scientifiques, mais également des patients.

L’organisation a été grandiose : un centre de référence historique, avec de belles salles, et une première mondiale : tous les Types de Glycogénoses étaient sur l’agenda, dans des sessions en parallèle.

Plusieurs aspects nouveaux ont été discutés et montrés, et je vais me restreindre à ces aspects.

Par type de Glycogénose, je présenterai l’essentiel des nouveautés, et les grandes lignes des sessions ;

Type 1 :

  • Mon « prix personnel de l’innovation » va à l’équipe de l’INSERM de Lyon, avec la présentation de Julie Clar : « des vecteurs lentiviraux évitent la formation des adénomes dans le foie ». Cette présentation nous a montré la première utilisation de ce type de vecteurs sur les souris affectées du Type 1a : après 9 mois, ces souris ne montraient plus d’adénome, contrairement à des souris non-traitées. Il faut remarquer que les tests avec des vecteurs AAV, dans ce laboratoire ont montré les effets positifs sur le problème primordial : une bonne glycémie pendant le jeune, mais inefficace pour ce problème de développement des adénomes, qui peuvent évoluer d’une façon maligne. Certes, 9 mois de tests ne sont pas suffisants, mais il faut réaliser que ce vecteur n’est mis au point que depuis peu de temps, et donc il faut féliciter l’équipe d’avoir obtenu ces résultats, et pour avoir présenté ce travail.
  • Dans les Posters : une approche tout à fait innovante a été montrée par le laboratoire « GlaxoSmithKline » : « Modulation de la synthèse du G6P pour le Type 1 ». Le G6P est le catalyseur du glycogène dans le foie et les reins. Sur un modèle tissulaire, ils ont testé une molécule qui inhibe la formation de G6P sur des tissus cellulaires, et observé que ces cellules accumulaient bien moins de glycogène. A ce stade, la seule conclusion à laquelle on peut aboutir est qu’il faut continuer ce type d’étude !
  • Transplantation de « cellules souches » pour Type 1a : des premiers résultats sont obtenus en Italie. Le remplacement des cellules du foie par les « cellules souches » est actuellement trop lent, mais des alternatives sont déjà en étude dans ce domaine.
  • Quelques contributions ont étudié la nourriture, et l’amélioration du temps de jeune. Le Glycosade donne des résultats variables, mais en moyenne assez positifs. Au Brésil, un laboratoire teste d’une façon systématique plusieurs nourritures dans l’espoir de trouver « meilleur que la maïzena ».
  • Pas de nouveauté, mais une confirmation : une diététique stricte permet de faire régresser les adénomes. Les malades sur lesquels ces récessions sont significatives, ont montré un taux de triglycérides « normal » (350 mg/dl).

Pour le Type II :

Beaucoup de recherches sont en cours concernant l’amélioration de l’enzymothérapie :

  • La combiner avec des molécules chaperonnes démontre une augmentation de l’activité GAA, l’enzyme en défaut dans cette maladie. (Les molécules chaperonnes aident les enzymes à se former correctement, et cette forme améliorée leur permet d’atteindre leur but.)
  • Dans la forme infantile, il semble que dans les cas critiques, il est recommandé d’augmenter le dosage de l’enzymothérapie.
  • Nouvelle enzymothérapie de BioMarin (BMN 701) : une étude « phase ½ » (c.a.d. nombre de patients réduit dont le but est de comprendre les dosages et les effets indésirables) sur 16 patients avec la forme tardive. Il a été montré une amélioration moyenne de 75 mètres dans le test de 6 minutes de marche ainsi que d’autres effets bénéfiques. Ces résultats prometteurs sont à confirmer dans une étude ultérieure avec une population plus large.
  • Plusieurs modèles animaux « naturels » pour l’étude de la maladie de Pompe ont été mentionnés : ruminants, chiens, chats, moutons, cailles, qui donnent du matériel complémentaire aux souris de Type II. Le NIH commence à étudier une nouvelle stratégie de traitement avec ce dernier modèle.

Pour le Type III :

Les grands thèmes étaient autour de la diététique et l’effort.

  • Une présentation remarquable « état de santé des malades Type IIIa avec une diététique naturelle hyper-protéinée ». Ulrike Steurwald, de l’Hôpital sur l’île Faroe a montré l’effet bénéfique de l’alimentation naturelle (riche en protéines) des malades sur l’île où cette forme est relativement fréquente. En effet, les personnes y mangent essentiellement ce que la nature leur fournit en abondance : poissons et moutons… Les personnes âgées n’ayant jamais eu de traitement se portaient mieux (bien moins de problèmes musculaires) que les plus jeunes personnes qui avaient eu un traitement diététique basée sur la Maïzéna…
  • Un modèle de souris en Italie et en cours de validation, et semble bien correspondre à la maladie chez l’humain.

Pour le Type V (McArdle) :

C’est probablement la première fois que cette maladie était discutée à cette échelle.

  • Plusieurs malades ont témoigné de leur parcours, et des résultats positifs du réentrainement à l’effort très spécifique pour cette maladie. Une étude plus scientifique à ce sujet a été présentée sur un poster
  • Le début d’un registre Européen pour McArdle est financé par l’Union Européenne.

Plusieurs Type rares étaient à l’ordre du jour.

  • En parallèle au congrès, deux « réunions des Présidents » se sont tenues. En effet, dans plusieurs régions du monde, des « associations émergentes » font leur apparition. La première réunion était donc essentiellement une prise de contact et un début de discussions autour de l’effort international.
    J’ai été le premier à présenter notre association. L’historique, les points clefs, et surtout, notre vision « Malades, spécialistes et chercheurs tous ensemble, mondialement »…
  • L’Espagne a présenté des modalités pour monter une structure « Européenne ». Ils ont rencontré deux critiques : il faut penser mondialement, et il faut davantage se pencher sur la question pragmatique « A quoi voulons-nous aboutir »
  • Des opinions divergentes : « Europe ou mondialement », « Types hépatiques seulement, ou tous les types »
  • Damian Cohen est venu de l’Argentine, pour représenter « Glucolatino », l’association émergente en Amérique Latine, qui est en train de se structurer : il est en contact avec plus de 100 malades, et considère que la priorité actuelle dans cette région est une question de motiver les médecins pour nos maladies : « nous n’avons pas de médecins spécialisés, et ne savons pas où en trouver… »
  • Cette situation est la même pour la Russie, la Pologne et les autres pays émergents.
  • Les états Unis étaient représentés par un médecin et une diététicienne – et n’ont pas trop insisté sur leurs activités… Mais donnaient quand même de bons éléments de réflexion.
  • Il s’en est suivie une longue discussion sur la coopération internationale. Il a été frustrant de voir des personnes essayant de « tirer la couverture » vers elles, un manque de maturité, avec laquelle nous n’arrivions pas à trouver des éléments constructif : le temps s’écoulait et à la fin, nous avons décidé de se remettre de nouveau ensemble, avec une personne par association, pour définir les priorités, et des actions plus concrètes.
  • Le lendemain, pendant la deuxième réunion, Ute Stachelhaus (Allemagne) et Iris Ferrechia (US) ont pris l’engagement d’enquêter auprès des associations sur les priorités et rechercher un consensus pour le futur.
  • Pour ma part, je pense qu’il faut surtout écouter le message des pays émergents : comment trouver à motiver des médecins dans ces pays à se spécialiser dans nos maladies.

Même si ce congrès était unique et de qualité, une zone d’ombre : plusieurs contributions étaient des « plats réchauffés » … Répétitions de ce qui est déjà dit, il y a 18 mois. Peut-être 18 mois entre deux congrès est un délai trop court.

 

Philip MAES